Sur la mer un rocher, une île. En tout cas un moment, figé. Dressé sur l’eau, cet îlot est une tour de Babel dont ne resterait que le lointain souvenir d’une architecture désormais délabrée. À moins que ce ne soit, au contraire, une architecture en devenir. Trouble persistant d’un lieu qui paraîtrait abandonné et désormais, à nos yeux, découvert.
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Quant aux personnages, isolés les uns des autres, ils sont enfermés dans des lignes de fuite qui ne leur laissent aucun échappatoire, aucune attache. Leurs pieds invisibles emprisonnent leurs corps dans des passages (à) vides, des moments d’attente. Un intervalle en dehors d’un quelconque mouvement, où ils semblent pris (ensemble, peut-être) dans une réalité qui échapperait, momentanément, à leurs desseins. On pourrait penser que ces personnages n’ont donc rien à raconter, aucun récit. Ils ont, en fait, tout à dire dans le hors champ, qui est l’avant et l’après de ce moment précédant, et qui est aussi cet espace où portent leurs regards. Mais de fait, il y a une mise à distance silencieuse entre eux et nous, entre eux et les architectures qui se déploient laissant ainsi à nos regards l’incertitude des choix qui seront les leurs. Ainsi, mis sur le même plan, bâtiments, paysages, personnages, tous, semblent en attente d’habitation. Voilà toute l’histoire.

Et puis, soudain, un instantané. Une jeune fille, qui n’est entourée que de blanc, que rien ne raccroche donc au monde, semble comme amorcer un mouvement.Son regard dans notre direction : le possible semble désormais lui faire face. Elle se rapproche. Blow up.

Alexandre Mare, octobre 2008­­­­

Texte écrit pour l’exposition Margaret Dearing les habitants à la galerie du Haut Pavé à Paris,  2008