Parcourant le territoire du Clermontois dans le cadre d’une résidence avec Diaphane, pôle photographique en Hauts de France, Margaret Dearing s’est attachée dans cet ensemble à alterner paysages et portraits d’adolescents vivant dans ces espaces périurbains.

Ils sont là sans vraiment être ici, figés dans un décor relativement neutre et artificiel, dans une recherche d’identité propre à leur jeunesse en attendant d’être indépendants. Margaret Dearing met à distance ces personnages et instaure un dialogue imaginaire dans leur confrontation aux paysages. Les espaces qu’elle décrit, à la frange de l’urbain et du rural, sont construits d’accumulations de pavillons standardisés où règne la haie de tuyas comme signe de la propriété privée. Ce que Margaret Dearing discerne à la marge est aussi ce que l’on ne
veut pas voir d’une société en mutation, où le travail s’exerce à distance au rythme des transports en commun. Des parents qui rentrent tard et se lèvent tôt, des enfants qui se retrouvent souvent seuls, là où ils n’ont pas forcement voulu vivre.

La séquence de Margaret Dearing évoque aussi pour cette jeunesse l’emprise que l’image peut avoir dans la construction de l’identité. Ce garçon qui se met en scène avec son téléphone portable fictionne sûrement une vie de substitution sur les réseaux sociaux. A l’heure de l’omniprésence du selfie et de la maîtrise orchestrée de sa propre image, les portraits de Margaret Dearing sont aussi des contre-représentations face aux images stéréotypés qui s’imposent sur les réseaux sociaux, et attestent d’une présence au monde où règne le ici et maintenant.

Fred Boucher

Texte écrit à l'occasion de l'exposition Là, Progress Gallery, janvier 2020